• Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !

    Les rosiers sont morts, et les diadèmes.

       Des derniers soleils

    Tombent, en pliant leurs tiges séchées,

    Dans l’herbe où les fleurs sont déjà couchées

    Pour les longs sommeils ;

    Les Chrysanthèmes

    Les géraniums, les phlox, les colchiques,

    Les lourds dahlias, et les véroniques.

     Et les verges d’or.

    Gisent dans l’humus sous les feuilles mortes,

    En proie au hideux peuple des cloportes,

    Ouvriers de mort.

    Les Chrysanthèmes

    Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !

    Mais l’année a mis ses grâces suprêmes

    Dans ces pâles fleurs ;

    Leur seule rosée est la fine pluie,

    Parfois un rayon presque froid essuie

     Leur visage en pleurs ;

    Les Chrysanthèmes

    Leur blancheur de cire a des teintes mauves.

    Les rideaux fanés des vieilles alcôves

    Ont leur incarnat,

    Leur plus tendre rose est teint d’améthyste,

    Et même leur or le plus clair est triste,

     Et n’a point d’éclat.

    Les Chrysanthèmes

    Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !

    Quel chagrin pensif, en leurs roseurs blêmes,

     De leurs froids destins !

    Quel délicat rêve en leur blancheur chaste !

    Quels nobles et fiers ennuis dans le faste

    De leurs ors éteints !

    Les Chrysanthèmes

    Elles ont grandi sans pouvoir connaître

    L’ivresse d’amour qui flotte et pénètre

    Leurs sœurs de l’été,

    Quand vibre partout le vol des insectes,

    Douloureuses fleurs, calmes et correctes

    Dans l’air déserté.

    Les Chrysanthèmes

    Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !

    Allons en cueillir, puisque tu les aimes

    À l’égal des lis,

    Des amaryllis de larmes trempées,

    Et des sombres cœurs entourés d’épées

    De tes chers iris.

    Les Chrysanthèmes

    Auguste Angellier (le chemin des saisons 1903)


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  • Il y avait une fois une citrouille

    Dans un jardin tout planté de carottes

    De cornichons et de radis,

    Avec de vieux tons tout gris de rouille

    Sur ses côtes.

    La chanson de la Citrouille

    Pour la mieux soigner, la fée Carabosse

    Avait même pris

    L’air d’une bonne femme des Quatre Jeudis

    Et mis sur sa bosse

    Un caraco gris.

    La chanson de la Citrouille

    Mais le soir, la citrouille s’ouvrait

    Comme un carrosse enchanté

    Et tenant les rênes

    De ses quatre chats bottés,

    Avec sa bosse, sa quenouille

    La chanson de la Citrouille

    Et sa marotte,

    La Carabosse s’en allait par la forêt

    Où les fées sont reines :

    Il y avait une fois une citrouille

    Dans un jardin tout planté de carottes.

    Tristan Klingsor

    (le Valet de Coeur 1908)


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  • Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !

    Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !

    Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;

    Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.

    Janivier est revenu

    Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idolâtre ;

    Que ton humble auréole éblouisse les yeux !

    Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,

    Emplis de dignité ton coeur religieux.

    Janivier est revenu

    Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.

    Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.

    Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,

    Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.

    Janivier est revenu

     

    VICTOR HUGO


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