• Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !

    Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !

    Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;

    Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.

    Janivier est revenu

    Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idolâtre ;

    Que ton humble auréole éblouisse les yeux !

    Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,

    Emplis de dignité ton coeur religieux.

    Janivier est revenu

    Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.

    Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.

    Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,

    Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.

    Janivier est revenu

     

    VICTOR HUGO


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  • Le ciel pleure ses larmes blanches

    Sur les jours roses trépassés ;

    Et les amours nus et gercés

    Avec leurs ailerons cassés

    Se sauvent, frileux, sous les branches.

    L'Hiver

    Ils sont finis les soirs tombants,

    Rêvés au bord des cascatelles.

    Les Angéliques, où sont-elles !

    Et leurs âmes de bagatelles,

    Et leurs coeurs noués de rubans ?...

    L'Hiver

    Le vent dépouille les bocages,

    Les bocages où les amants

    Sans trêve enroulaient leurs serments

    Aux langoureux roucoulements

    Des tourterelles dans les cages.

    L'Hiver

    Les tourterelles ne sont plus,

    Ni les flûtes, ni les violes

    Qui soupiraient sous les corolles

    Des sons plus doux que des paroles.

    Le long des soirs irrésolus.

    L'Hiver

    Cette chanson - là-bas - écoute,

    Cette chanson au fond du bois...

    C'est l'adieu du dernier hautbois,

    C'est comme si tout l'autrefois

    Tombait dans l'âme goutte à goutte.

    L'Hiver

    Satins changeants, cheveux poudrés,

    Mousselines et mandolines,

    O Mirandas ! O Roselines !

    Sous les étoiles cristallines,

    O Songe des soirs bleu-cendrés !

    Comme le vent brutal heurte en passant les portes !

    Toutes, - va ! toutes les bergères sont bien mortes.

    Morte la galante folie,

    Morte la Belle-au-bois-jolie,

    Mortes les fleurs aux chers parfums !

    L'Hiver

    Et toi, soeur rêveuse et pâlie,

    Monte, monte, ô Mélancolie,

    Lune des ciels roses défunts.

    ALBERT SOMAIN  1858 1900


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  • Ma mère me mène au jardin

    Dans la lumière qui commence

    Voir les fleurs s'ouvrir au matin

    Lorsque les branches se balancent

    Mille fleurs disent mille contes

    A mille amoureuses, tout bas,

    Tandis que le rossignol ne dit pas.

     

    Ouverte était la rose

    Avec l'aube levée,

    De tendre sang si rose

    Que fuyait la rosée;

    Sur sa tige si chaude

    Que le vent s'y brûlait,

    Si brillante, si haute!

    Elle s'épanouissait ! 

    Ma Mère me Mène au Jardin

    L'héliotrope répétait:

    Sur toi je viens poser mes yeux.

    Vivante je ne t'aimerais,

    Répond le basilic en fleurs.

    Violette dit: Je suis timide.

    Rose blanche: Je suis froideur.

    Jasmin: Fidèle au coeur limpide.

    L'oeillet: Je suis tout de passion.

    Federico Garcia Lorca (1896 - 1936)


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